Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Amar EZZAHI, le costumier des qassaÏd (source BZ)

Publié par The Algerian Speaker sur 20 Juin 2014, 19:03pm

Catégories : #Souvenirs (liyâam)

Amar EZZAHI, le costumier des qassaÏd (source BZ)

1ére partie :

Je vous dispenserai dans cette partie de sa biographie déjà connue : sa naissance à AIN ELHAMMAM un 1er janvier 1941 et son parcours professionnel dans le monde de la santé animale. Il fut le brillant élève de KABAÏLI, BRAHIMI de son vrai nom et originaire de DELLYS à l’instar de BOUDJEMAA EL ANKISS et de DAHMANE KOUBBI. Amar AIT ZAÏ a d’abord promené ses doigts sur le manche du banjo avant d’adopter le mandole quand il fut consacré chanteur. Il n’a jamais été un amateur et a commencé sa carrière de plein pied en professionnel. En effet, il s’est vite aligné avec les grandes figures des années 1965 comme EL ANKISS dont il imita le genre à ses débuts. Il a vite jailli comme un éclair parmi les plus étincelants par sa voix cristalline et les vibrations des cordes de son mandole. J’ai eu la chance de voir AMAR EZZAHI jouer de la derbouka. C’est dire sa maîtrise de plusieurs instruments. Mais c’est surtout ses improvisations mélodieuses qu’il se distingua des autres chanteurs. Pourquoi ? Le talent bien sur, mais son ouverture à d’autres musiques berbères, occidentales, andalouses, voire même hindouistes. Pour détacher le regard des chanteurs « chaâbi » mythiques d’hier et d’aujourd’hui, il est temps de parler des monuments vivants tels que notre Amar EZZAHI. Car chez nous, les documents portraits nous manquent honteusement et comme dit l’adage : de son vivant, il rêvait de goûter à une datte mais lui en on lui offrit un régime. Ramassé sur lui-même, la toison un peu plus blanche avec le temps, vous le trouverez assis sur son siège de fortune. Dans ce quartier qui lui sert d’univers quotidien, il a du changer de place plusieurs fois, non par lassitude ni dégoût, mais parce qu’il a horreur de ces gens qui viennent déblatérer des bribes d’une poésie qu’ils ne comprennent pas ou répandre leurs gamineries au sujet du dernier match de foot algérois. C’est pourquoi il n’attend personne bien que beaucoup aimeraient lui parler. D’aucuns vous diront qu’il est peu loquace, qu’il a l’humeur changeante, qu’il est difficile d’accès. Mais ils ne savent peut-être pas qu’il ne s’accorde de sortir de son mutisme que si vous abordez un sujet de réflexion philosophique ou encore la vie mythique ou mystique d’un HALLADJ ou d’un BEN MSAYEB. Rares sont ceux qui connaissent son humour cinglant et sa pertinence. Et sa générosité légendaire sur laquelle il tient à ce qu’elle reste discrète ? Mais ce n’est que quand il chante qu’on le découvre, que son public qui ne trouve pas d’explication à ses échappées s’approche des traits de son talent souligne les traits de son talent. Il faut avouer que parmi toute cette faune de « chiekhs » qui s’est improvisée et les réputations surfaites de porteurs de mandoles et de guitare sèche, en babouches marocaines ou en survêtements aux couleurs du club préféré, il est indéniablement le plus proche de la grande vérité du « chaâbi ». Une vérité que très peu de gens palpent tant le chemin qui y mène est ardu et donc passionnant. EZZAHI se vautre depuis plusieurs dizaines d’années dans cet océan de poésie mystique, bachique, satirique enfin aux mille visages et aux mille tempêtes. Il a cette faveur de chanter Mohamed BENSLIMANE, ce Boris VIAN du « melhoun » mort à l’âge de 33 ans après avoir vécu intensément et vite, cet orfèvre de mots, cette source inépuisable d’allégories et de métaphores. Et quel privilège encore pour EZZAHI que de faire parler le maître de BENSLIMANE, Mohamed Chérif BENALI OUELD ERZINE qui a consacré une grande partie de son « diwan » à regretter le départ de son élève vers un nouveau protecteur, cheikh Mohamed ENNEDJAR. Il a aussi la chance d’exprimer la foi inébranlable de Lakehal dit Lakhdar BENKHLOUF. Grâce à EZZAHI entre autres, vous découvrirez le dialogue qu’a eu la bougie avec le poète ESSOUIRI qui a su essuyer ses larmes et la réconcilier avec la beauté dans la fameuse chanson « bellah aâlik ya echemaâ »…

~~EZZAHI nous a entre autres fait découvrir le dialogue qu’a eu la bougie avec le poète ESSOUIRI; il a su essuyer ses larmes et la réconcilier avec la beauté dans la fameuse chanson « bellah aâlik ya echemaâ »… A écouter ces faux trémolos tirés de la mâchoire dansante de certains chanteurs, on ne peut qu’être admiratif d’EZZAHI pour les prouesses vocales et ces ornements qu’il place spontanément à chaque vers. En dehors de la morgue, de la rancune et de la violence revancharde qui animent les thèmes de nos chansons, combien de fois n’a-t-on pas entendu de grands enfants de quarante ans implorer leur maman dans une récitation dégoulinante d’inepties et de génuflexions dans la cupidité de vivre un meilleur destin ? Quand les autres vous livrent la chanson sur un parcours canalisé sur le même lit mélodique en ressassant les mêmes refrains et vous font subir le supplice des litanies, EZZAHI vous fait voyager à travers les ruelles étroites du zidane, mezmoum et sika dans la même chanson. Qui, mieux que lui est capable de jouer et de chanter simultanément syllabe par syllabe. Les répertoires de nos chanteurs chaâbi n’ont pas changé. Des chansons comme « youm el djemaâ », « el herraz », « el meknassia, « elkhezna essghira » ont été râpées, radotées, aboyées, exploitées, ressassées jusqu’au bout. Alors qu’il y a des centaines de textes qui attendent d’être mis en musique. EZZAHI se démarque car personne ne pourrait contester qu’il possède le plus grand répertoire de « chaâbi ». BREL n’avait pas tort quand il disait : et c’est encore l’Europe qui répète l’avare dans un décor de mil neuf cent. FERRE lui a même emboîté le pas avec sa phrase assassine : la poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe. Et il parlait de la poésie ! Qui mieux qu’EZZAHI a su faire renaître des chansons autrefois monotones dans les gorges ennuyeuses de ses pairs. Qui dira l’immensité de son programme ? En effet, à chaque « saison », EZZAHI sort des textes inédits et les met en musique au gré de son inspiration. Et voilà qu’une poésie se retrouve avec une garde-robe en quelque sorte faite d’une dizaine de mélodies. Le chaâbi s’apprécie comme le jazz en cela qu’elle est une kyrielle de chants aux variations et au tempo improvisés. Que de tendresse dans ses inflexions de voix, que de sensibilité à travers le ton qu’il y met. Il est cet habilleur de textes lesquels se retrouvent parés des plus beaux airs, se pavanant comme des mannequins aux mille apparats. Il est de ceux dont le chant soulève la peau d’orange, réveille des émotions, fait perler les yeux de larmes de nostalgie. Quand au hasard des rencontres vous tombez sur un vieil enregistrement, vous touchez du doigt la virtuosité de ce chanteur qui s’amuse à donner plus de prouesses musicales que son alter ego, un joueur exceptionnel de banjo jamais égalé dont la naïveté l’a traîné dans les méandres sombres du prosélytisme et de la bigoterie. Quelle perte quand on sait que le temps d’aujourd’hui érode les belles choses plus vite que naguère. C’est à cause de tout cela qu’on pourrait comprendre son humeur, son silence, son détachement à écouter ces récitants de textes injustement piétinés par les voix chevrotantes et gauchement théâtrales. Bien qu’il prétende qu’il n’est qu’un simple « meddah », EZZAHI reste un maître particulier, excentré, mais original et qui fait école. Souhaitons-lui santé et virtuosité et surtout une grande attention des médias pour qu’il soit placé au rang qui lui ressemble et qui lui sied.

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